La cime des algues, l'herbe au Roy
La production de cette sculpture fait suite à l’invitation du Collectif MAPPES et de L’association B2X. Réalisation en coproduction dans le cadre
du parcours Bourges 2028 Capitale européenne de la Culture.
bénéficie du soutien de la Région Centre et de la DRAC Centre-val-de-Loire à travers une aide individuelle à la création. |
| En lisière des Prairies du Roy, à l’endroit précis où l’Indre marque la frontière entre Beaulieu-les-Loches et le marais, cette sculpture se dresse comme une coupe stratigraphique extraite du paysage. Taillé avec l’ancien tuffeau du clocher de la ville de Beaulieu-les-Loches, ce prisme triangulaire emprunte à la ville sa pierre traditionnelle pour s’ériger en microarchitecture dédiée aux mousses. Encadrée de madriers en Douglas noirci par calcination ; procédé ancestral qui carbonise le bois en surface pour le rendre imputrescible, l’édifice s’élève en trois montants tels des sentinelles issues du sol. Leurs sommets, taillés en évocation d’un embranchement végétal, veillent sur ce que le prisme recèle : les bryophytes, ces héritières de l’eau que le limon du marais dissimule au regard, plus anciennes que tout ce qui pousse autour d’elles. Leur histoire remonte à un temps où rien ne croissait encore sur la terre ferme ; dans ce qu’on pourrait appeler leur mémoire enfouie, l’algue toujours sommeille. Les mousses sont les cimes des algues ; leur part visible, encore gorgée d’eau. À l’intérieur du prisme de pierre, se trouve un écrin en mortier de chaux ; forme creuse qui recueille l’eau de pluie et la restitue lentement, offrant aux bryophytes les bonnes conditions à leur épanouissement. C’est sur cette surface irriguée que les mousses se déploient librement et que viennent s’inscrire leurs représentations agrandies sous la forme d’un herbier en pâte égyptienne ; l’un des premiers matériaux synthétiques de l’histoire humaine. L’emploi de cette pâte relève d’un acte d’alchimie autant que d’un geste poétique. Sa couleur turquoise porte en elle la mémoire de cette charge civilisationnelle : pour les Égyptiens, c’était la teinte de la régénération, de ce qui revient à la vie après avoir disparu. Révélées par cette matière millénaire, les mousses apparaissent enfin pour ce qu’elles sont : des formes complexes, des architectures vivantes que l’œil pressé traverse sans voir. Entre les lignes sombres du bois calciné et la porosité d'une pierre irriguée par le flux, l'œuvre convoque ce que le marais a toujours abrité en silence : des plantes que peu de regards cherchent et des savoirs que peu de mémoires ont gardés. Les marais étaient des territoires en marge ; ni terre ni eau, espaces inclassables où trouvaient refuge guérisseurs, herboristes, sages-femmes, tous celles et ceux dont le savoir échappait à l’Église et à la médecine officielle. Leur connaissance intime des bryophytes, des lichens et des plantes hygrophiles les rendait suspects aux yeux du pouvoir ; et si proches du vivant. Ce savoir a un nom aujourd’hui : l’écosystémisme ; la reconnaissance des services invisibles que le vivant rend gratuitement aux civilisations. La Cime des Algues - l’herbe au Roy se tient à cet endroit précis ; monument aux innombrables invisibles, humains et non humains, dont le monde se nourrit sans le savoir. En offrant demeure aux « invisibles » de la prairie, la sculpture rappelle, dans l’esprit de Henry David Thoreau, que la cité ne subsiste que par la vitalité cachée des zones humides1. La Cime des Algues - l’herbe au Roy devient elle-même un fragment de sol souverain : un monument dédié à tout ce qui persiste sous le seuil du visible ; l’algue dans la mousse, le coquillage dans la pierre, la guérison transmise à voix basse au bord des marais. 1 « C’est dans la vie sauvage que réside la préservation du monde. » « In Wildness is the preservation of the World. » Henry David Thoreau, De la marche [1862], traduit de l’anglais par Thierry Gillybœuf, Paris, Éditions Mille et une nuits, 2020, p. 37. Jonathan Bablon, 2026. |

La cime des algues, L'herbe au Roy, 2026
Tuffeau, chaux, sable, acier, bois, céramique (pâte Egyptienne)
280cm x 280cmx 320cm


La cime des algues, L'herbe au Roy, 2026
Tuffeau, chaux, sable, acier, bois, céramique (pâte Egyptienne)
280cm x 280cmx 320cm
Tuffeau, chaux, sable, acier, bois, céramique (pâte Egyptienne)
280cm x 280cmx 320cm

Vue depuis une des 3 ouvertures,
Bryophytes et céramiques réalisées en pâte Egyptienne
Bryophytes et céramiques réalisées en pâte Egyptienne



Vue depuis une des 3 ouvertures,
Bryophytes et céramiques réalisées en pâte Egyptienne
Bryophytes et céramiques réalisées en pâte Egyptienne